BIG 2020: L’innovation au service de la relance – LeMondeInformatique

La 6e édition de l’événement Bpifrance Inno Generation (BIG) s’est tenue dans un contexte inédit, adoptant un format mixant présentiel et ateliers en ligne. Sobriété numérique et atouts de l’IA pour servir la transformation digitale des entreprises ont fait partie des thématiques abordées.

C’est une édition très particulière d’Inno Génération de Bpifrance (aka BIG) qui s’est déroulée ce jeudi 1er octobre 2020 à l’Accor Arena de Paris. Encore maintenu en physique quelques jours auparavant, l’événement a finalement été basculé en mix présentiel et digital au dernier moment ce qui n’a pas été sans poser – on le comprend parfaitement – quelques soucis d’organisation. Il est clair que la crise sanitaire perturbe la tenue de tous les grands événements, le salon Big Bata Paris 2020 qui s’est tenu il y a quelques semaines ayant lui aussi dû adopter son format. Plus globalement, ce sont les entreprises et l’économie qui pâtissent de ce contexte inédit et vont devoir se relever.

« C’est une année étonnante, l’Histoire sort de son lit […] Au printemps on a vécu une guerre éclair et la crise cardiaque du 16 mars où tout s’est arrêté avec un confinement de guerre », a annoncé sur un ton grave Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance en ouverture de l’événement. « Le choc a été absorbé, on démarre un autre moment difficile et différent, une guerre de position qui va durer plusieurs mois, un monde d’étrangeté et d’inconnu ». Assurant être plus que jamais aux côtés des entreprises pour leur faire passer le cap de la crise, Bpifrance a mobilisé lors de cet événement 800 conférenciers pour aborder une très large majorité de problématiques dont certaines impliquent au premier plan l’IT et le numérique.

Outre les sessions « bulle » organisées sur le parterre de BIG 2020, des ateliers « Echo » se sont aussi tenu en tribune abordant une variété de thèmes dont celui consacré à la sobriété numérique que nous avons pu suivre. « Dans l’environnement actuel, les solutions numériques sont appréciables pour favoriser les relations entre individus, diminuer la transformation de matière et la consommation d’énergie et des solutions deeptech permettent de répondre à ces problématiques », a lancé Pascale Ribon, directrice Deeptech de Bpifrance. Alors que l’on attribue au numérique et à l’informatique 4% des émissions globales de gaz à effet de serre, les acteurs du secteur s’engagent dans la voie de la réduction de leur empreinte énergétique mais le chemin sera long avant d’arriver à des résultats concrets. 

BPI Inno Generation 2020

Parmi les rares événements physiques organisés – la plupart retransmis uniquement en ligne sans spectateurs pour y assister – les ateliers Echo dont celui consacré à la deeptech au service de la sobriété numérique. (crédit : D.F.)

Une approche bottom-up pour financer l’innovation

Pour tenter de sensibiliser les grands opérateurs, équipementiers, FAI… à la réduction de leur empreinte environnementale, l’Arcep a lancé l’initiative « pour un numérique soutenable ». « Ce projet lancé vise à mettre autour de la table pour discuter du sujet et participent par bonne volonté. Ce premier défrichage permet une première compréhension commune et d’ici décembre publier un premier rapport qui vient poser une analyse et commencer à discuter de pistes d’actions en 2021 », nous a expliqué Laurent Toustou, conseiller numérique et environnement de l’Arcep qui a participé à la table ronde. Est-il question de mesure l’empreinte environnementale de chaque acteur ? « Plusieurs projets sont mis en place pour mesurer l’empreinte environnementale de chaque acteur, on récolte ces informations là depuis avril, et parallèlement il y a une loi anti-gaspillage qui consiste à informer les consommateurs de leurs consommation de datas […] à terme sur certains sujets bien évidemment qu’on peut arriver à des contraintes et on peut imaginer qu’on puisse intégrer des contraintes qui aient un impact environnemental qui fasse consensus ».

Des solutions deeeptech promettent également beaucoup pour réduire la consommation de ressources et d’énergie des infrastructures traditionnelles, en particulier de stockage. C’est le cas par exemple de la start-up DN Script, soutenue par Bpifrance (via son fond Large Venture) mais qui a également tapé dans l’oeil de la Darpa qui a financé les travaux de la jeune pousse en matière de stockage dans des brins ADN. « Depuis longtemps les données d’archive sont stockées sur des bandes magnétiques, c’est de moins en moins cher mais il y a une sorte de plateau et il n’y a aujourd’hui plus trop de baisse de coût sur ce type de stockage. Déjà cela prend beaucoup de place, l’équivalent de 30 000 terrains de foot et demande une réplication tous les 10-15 ans avec des coûts d’équipements et électriques associés.

Notre technologie permettrait d’avoir la même quantité de donnée concentré dans un volume de coffre de voiture avec une empreinte carbone globale plus faible », nous a indiqué Xavier Godron, dirigeant fondateur de DN Script. « Nous avons un contrat de recherche avec la Darpa, leur intérêt c’est qu’ils veulent être clients pour stocker leurs informations et aussi une forme de protection économique avec des contrats finançant 100% de la recherche ce qui n’est pas le cas de Bpifrance. Ce sont deux approches différents du financement de l’innovation : les américains sont très top-down le bras financier va choisir un secteur, donner des milestones, un appel à projet auquel des universités vont répondre, en France c’est le contraire ce sont les porteurs de projets qui vont proposer un sujet en nouvelles technologies aux financeurs qui va sélectionner parmi tous les projets lesquels sont les plus intéressants ».

BPI Inno Generation

Invité surprise de BPI Inno Generation 2020 : le président de la République Française Emmanuel Macron qui a lancé à l’assemblée d’entrepreneurs la nécessité de « partout où on le peut : relancer, relancer et relancer ». (crédit : D.F.)

Des gains de productivité de 40% attendus grâce à l’IA chez DS Smith Packaging

Pour appuyer le développement des entreprises et en particulier des start-ups dans le domaine deeptech et data, Bpifrance dispose de plusieurs leviers : « Il y a l’investissement, le métier connu de Bpifrance sur ces sujets bien évidemment, celui de l’accompagnement des entreprises qui sont appuyées, financées pour aller un cran plus loin dans le développement de leur activité et aussi l’articulation et le faire-valoir à l’occasion d’un événement comme BIG, faire connaitre et avancer, répondre aux interrogations des entrepreneurs », nous a expliqué Benoît Liger-Belair, responsable Pôle digital & valorisation territoriale chez Bpifrance. Parmi les autres leviers d’action, favoriser la co-innovation entre start-ups et grandes entreprises en fait aussi partie : « la plateforme Excellence chez BPI a pour vocation de mettre en relation les entreprises accompagnées, environ 4 000 par an, et de les mettre en relation avec les grands groupes […] il y a aussi l’outil Tribu qui permet une mise en relation pour outiller les partenaires et les Excellence pour trouver matière à travailler ensemble par communautés et entre pairs ».

A l’occasion de BIG 2020, des « Masterclass » ont aussi eu lieu, entièrement à huis clos et retransmis exclusivement sur le web. Pour en savoir plus suite à la diffusion live de l’atelier « Les datas et l’IA les piliers de la révolution digitale des entreprises », nous avons eu l’occasion d’en savoir plus sur les bénéfices du numérique (réalité virtuelle/augmenté, CRM cloud…) et en particulier de l’IA (chat bot et voice bot pour accélérer et automatiser le renseignement client sans intervention humaine), chez le géant de l’emballage DS Smith Packaging. « On sait globalement que l’IA va pouvoir augmenter la productivité de 40% », nous a indiqué Armand Chaigne, responsable marché industriel et directeur marketing et communication de DS Smith Packaging France. « D’ici 2030, 80% des tâches chronophages pourront être gérés par l’IA et augmenter nos résultats de façon significative ».

La mise en place de l’IA risque-t-elle de remettre en cause la place de l’humain dans la gestion de la chaine logistique au quotidien. « Si on commence à mettre en place la machine qui va pouvoir se substituer à des tâches chronophages pour dégager du temps à des choses à plus forte valeur ajoutée, les personnes sont ravies, mais si on impose les machines et qu’on les remplace ce n’est pas la façon dont je vois la gestion des ressources humaines et que DS Smith le voit. On explique, il y a une montée en compétence et là ça fonctionne ».