Énergie : les armées françaises se mettent au « vert » – Connaissance des Énergies

  • AFP
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Blindés hybrides, investissements dans des énergies renouvelables, suppression des chaudières à charbon et au fioul sur les bases militaires : les armées françaises promettent de se mettre au vert, afin de réduire leur dépendance aux énergies fossiles tout en diminuant leur empreinte carbone.

« Consommer moins, mieux et sûr » : tel est le credo de la stratégie énergétique de défense détaillée vendredi par la ministre des Armées, Florence Parly. « Une stratégie qui garantit la résilience de nos approvisionnements énergétiques, qui renforce notre souveraineté, soutient notre liberté d’action et qui répond aussi aux préoccupations des Français », a-t-elle fait valoir dans un discours au Centre de soutien logistique du service des essences des armées (CSLSEA) à Montereau, en Seine-et-Marne, dans la région parisienne.

Plus gros consommateur énergétique de l’État français, le ministère des Armées a utilisé 835 000 m3 de produits pétroliers en 2019, soit une facture de près de 670 millions d’euros. Les trois quarts (73%) de la consommation énergétique des armées sont consacrés à la mobilité des avions, des navires et des véhicules militaires terrestres, le quart restant (27%) aux infrastructures.

Au-delà du souci de limiter les coûts et l’impact environnemental, l’enjeu est hautement stratégique : il s’agit de réduire la dépendance des armées françaises aux approvisionnements en pétrole, à l’heure où les tensions géopolitiques s’accroissent dans le domaine de l’énergie. Russie, pays du Golfe, « les ressources sont de plus en plus localisées dans des zones de conflit ou au sein de pays qui n’hésiteront pas à utiliser l’arme énergétique pour limiter notre liberté d’action », alors même que « nos besoins augmentent », constate Mme Parly.

D’où la volonté de « verdir » les opérations militaires françaises, tout en les faisant gagner en efficacité. « Avoir des systèmes hybrides, électriques et plus propres, cela a aussi une finalité opérationnelle. Cela veut dire être plus silencieux, plus autonome et plus résilient », explique la ministre.

Biocarburants et batteries électriques

Côté terrestre, un démonstrateur de véhicule blindé – une sorte de pré-prototype destiné à valider la faisabilité d’un concept – Griffon hybride doit voir le jour en 2025. Le projet Ecocamp 2025, quant à lui, vise à augmenter l’autonomie en eau et en énergie des camps militaires déployés pour des opérations à l’étranger.

Dans le secteur aéronautique, qui représente la moitié de sa consommation énergétique, le ministère prévoit d’investir dans la recherche et le développement de carburants alternatifs. Objectif : atteindre d’ici à 2030 une teneur au moins égale à 5% de biocarburant dans les carburéacteurs consommés par les armées françaises. La partie simulation virtuelle sera par ailleurs augmentée dans l’entraînement des pilotes.

Et dans le domaine naval, « nous continuerons d’optimiser l’architecture de nos bâtiments et de travailler à des modes de propulsion hybrides », promet Mme Parly, rappelant que plusieurs navires en sont déjà équipés, avec des résultats concluants : « un chaland multi-missions hybride utilise sa batterie électrique 75% du temps ».

Désormais, les programmes d’armement incluront systématiquement des exigences d’éco-conception et d’efficacité énergétique. Et d’ici 2025, les armées prévoient de consacrer 60 millions d’euros au développement de projets innovants en matière d’énergie.

Un effort sera également fait pour « verdir » les infrastructures. Les 1 600 chaufferies au charbon et au fioul lourd ainsi que les chaufferies les plus polluantes qui équipent les bases militaires françaises seront supprimées d’ici à 2031.

D’ici à 2022, 2 000 hectares de terrains militaires accueilleront des panneaux solaires. Parmi les initiatives déjà mises en place, la base française des Iles Glorieuses, dans l’océan Indien, est alimentée depuis juillet par un groupe électrogène hybride photovoltaïque/hydrogène, en lieu et place d’un groupe électrogène diesel.

Pour accompagner ces changements, des formations aux enjeux énergétiques et à la « sobriété numérique » seront prodiguées aux 25 000 jeunes qui rejoignent chaque année les forces armées, promet la ministre.