Sobriété numérique et collectivités territoriales : quels enjeux – GreenIT.fr

Le Collectif GreenIT.fr et le cabinet Espelia ont lancé en décembre dernier une enquête inédite pour sensibiliser les collectivités locales aux enjeux environnementaux du numérique et réaliser un premier auto-diagnostic de maturité et d’impact environnemental de leurs pratiques et équipements.

Les contributions
des 33 collectivités locales participantes apportent un éclairage sur
le niveau de connaissance et d’engagement des collectivités dans le domaine
ainsi que sur leurs marges de progression à l’égard des bonnes pratiques
relatives aux équipements.

L’étude « Sobriété numérique et collectivités territoriales : quels enjeux ? » dresse
donc un premier portrait – impressionniste – du sujet dans les collectivités et
présente, à titre pédagogique, quelques ordres de grandeur des marges de
progression sur le seul sujet des équipements numériques.

Où en sont les collectivités ?

Si certaines collectivités commencent à se positionner
sur la question beaucoup manquent encore de cadres d’analyse structurés et
d’outils opérationnels pour passer à l’action.

L’identification des sources d’impacts
environnementaux du numérique reste encore mal appréhendé par celles-ci – en
particulier sur l’importance de la phase de fabrication des équipements
utilisateurs – et les approches menées peuvent manquer d’une analyse
environnementale multicritère, faisant courir le risque d’un transfert de
pollution.

Le sujet reste un parent
pauvre des priorités politiques des collectivités locales en raison d’une
réalité environnementale difficilement palpable -puisque diffuse et indirecte-
et de la méconnaissance des économies potentielles induites par le déploiement
d’action de sobriété numérique. La dimension sociale du retour sur
investissement est d’ailleurs souvent oubliée bien que très importante, les
collectivités n’identifiant pas toujours les bénéfices potentiels de la
sobriété numérique en matière d’inclusion numérique. 

Quel déploiement concret des stratégies de sobriété numérique?

De manière générale, la mise en place d’une démarche globale
et structurante est reléguée comme action secondaire à mettre en place, les
collectivités prêtes à s’engager sur le sujet lui préférant des actions plus spécifiques
et sur leur propre parc d’équipements. Ceci peut traduire une volonté légitime
de « petites victoires » et donc de concrétisation rapide d’une
démarche complexe pouvant être sinon perçue comme trop abstraite. Les
collectivités semblent préférer un engagement progressif, peu coûteux en
ressource humaines et budgétaires, pour un sujet qui ne constitue pas encore
une priorité politique. Certaines
peuvent également se placer dans une démarche d’apprentissage par la
pratique  pour  défricher un sujet dont elles ne maîtrisent
encore que peu l’ensemble des enjeux et privilégient donc une politique des
petits pas.

Une approche territoriale capitale mais complexe à mettre en place

Si l’approche privilégiant les actions internes est
compréhensible et pertinente, elle ne doit pas reléguer l’action territoriale
au second plan car c’est bien celle-ci qui aura à terme le plus d’impacts et
permettra d’induire de véritables effets de transformations, à condition
qu’elle ne se limite pas à de la « simple » sensibilisation. Le véritable enjeu
environnemental réside bien dans l’action des collectivités sur leur
territoire.

L’élaboration de stratégies
territoriales de sobriété numérique questionne les capacités d’action des
autorités locales sur le sujet et envers leur territoire et demande une
excellente compréhension des niveaux pertinents de subsidiarité au sein de ces
démarches multidimensionnelles. Ainsi, faute de bien appréhender les enjeux de
la sobriété numérique dans leur pluralité, certaines collectivités n’identifient
pas encore les leviers à leur disposition pour agir localement et laissent donc
l’entièreté du sujet au régulateur national.

La mise en musique de cette
approche territoriale demande une très bonne connaissance des forces et
caractéristiques sociales, économiques, associatives, industrielles et
académiques des territoires et une capacité à structurer de nouvelles filières
autour de l’économie circulaire, du réemploi et de la fonctionnalité. Elle
demande aussi de savoir anticiper, cadrer et renforcer les externalités
positives qui peuvent découler de ces démarches (on pensera aux bénéfices
possibles à l’égard des politiques d’inclusion numérique par exemple).

La capacité des
collectivités à endosser le rôle de facilitateur et de chef d’orchestre de
dynamiques partagées sur le territoire pour encourager les convergences et les
passerelles entre acteurs et secteurs est donc déterminant.

La crise du coronavirus : le déclic qui fait passer la sobriété
numérique d’une incantation collective à une réalité partagée ?

Cette étude s’inscrit dans
les questionnements soulevés par la Crise sanitaire du COVID-19. La prise de
conscience de notre dépendance à l’égard du numérique et des avantages qu’il a
indéniablement apportés lors du confinement fait cependant courir le risque d’une accélération de notre modèle actuel de
consommation numérique et donc des impacts environnementaux liés.

Les réflexions sur la
généralisation des politiques de sobriété numérique prennent donc tout leur
sens en cette période charnière.

Les collectivités locales
ont un rôle de premier plan dans cette réflexion pour coordonner une approche
systémique à l’échelle de leur territoire et faciliter la rencontre des
expertises pour construire un numérique durable et responsable.

Pour plus d’information, n’hésitez pas à consulter l’étude complète (PDF).

Photo de Léo Donse

Léo Donse

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